Joyau de l’art gothique, l’église Saint-Éliphe de Rampillon fait partie en France des premiers Monuments historiques, elle a été classée en 1846.
Cet article s’appuie notamment sur l’étude de Judith Förstel « Rampillon, église Saint-Éliphe » dans Congrès archéologique de Seine-et-Marne, 2008-2014.
Un chef-d’œuvre de l’art gothique
Entre le XIIe et le XIIIe siècle, la France vit l’effervescence de l’architecture gothique des églises et cathédrales, plus élancées et parées de décors somptueux. Ce nouveau style inspire à Rampillon la construction au XIIIe siècle d’une nouvelle église, Saint-Éliphe.
Ce chef-d’œuvre est très étonnant pour une petite église paroissiale de campagne. Il faut dire qu’à l’époque de sa construction, Rampillon n’est pas n’importe quel village rural, mais le siège d’une commanderie hospitalière qui jouit d’un prestige à la cour du roi Saint-Louis.
Dans son style et ses dimensions, l’édifice est comparable aux églises de La Croix-en-Brie et surtout de Nangis. Avec cette dernière, les ressemblances sont troublantes.
Les magnifiques portails sculptés de Rampillon n’ont pas d’équivalents dans la région, et semblent tout droit inspirés de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame de Paris. Le portail occidental est consacré au Jugement Dernier, programme classique pour le XIIIe siècle. Au tympan, coiffé de la couronne d’épines, le Christ trône en majesté entre des anges tenant les instruments de la Passion. La Vierge et saint Jean sont agenouillés à ses côtés. Au linteau, on voit la Résurrection des morts, la Pesée des âmes et les Justes dans le sein d’Abraham. Aux ébrasements se trouvent les apôtres dont l’identification est difficile. Pourquoi ? Car leurs attributs ont disparu, et parce qu’ils ont été rescellés dans leurs niches au cours du XIXe siècle dans le désordre ! Au trumeau, le personnage demeure mystérieux contrairement à l’idée répandue qu’il s’agit de saint Éliphe.
Au fait, c’est qui saint Éliphe ?
Il s’agit d’un chrétien lorrain dit « céphalophore » car il aurait subi le martyre de la décapitation. Vous pouvez observer dans l’édifice une statue en pierre du XVe siècle le représentant, à côté de statues de sainte Barde de la même période et de la Vierge à l’Enfant datée du XIVe siècle, toutes trois polychromes.
Les églises consacrées à saint Éliphe sont rares en France (une dizaine seulement). Quel rapport avec Rampillon ? Sous son règne, le roi Saint-Louis acquiert auprès de l’archevêque de Cologne, dans le Saint-Empire, de nombreuses reliques du saint. Il est émis l’hypothèse que le roi en aurait offertes à la nouvelle église récemment construite à Rampillon, et qui est alors dédiée à saint Savinien. Nous ne savons pas ce qui l’en est réellement, mais nous savons qu’en 1401, des reliques ont été volées à Rampillon. Le mystère reste entier…
Un charmant calendrier des travaux agricoles
Les travaux des mois sont courants dans l’art médiéval, et sont normalement associés aux signes du zodiaque. L’Église diffusait ainsi sa conception de la vie « idéale » des fidèles au Moyen Âge.
Sous les grandes statues des apôtres, vous pouvez observer une frise de scènes représentant les mois de l’année. Elle commence à gauche par l’homme attablé représentant le mois de janvier, et finit à droite par la mise à mort du cochon représentant le mois de décembre. Ces sculptures nous montrent des scènes de vie paysanne qui font écho à l’environnement rural et agricole de la Brie : se réchauffer près du feu en hiver, tailler la vigne, se prélasser au printemps ou aller en chasse quand on est noble, la fenaison, la moisson et le battage du blé, l’ensemencement des champs, la mouture du raisin et la glandée pour nourrir les porcs.
Prestige et déclin de Rampillon
Phare du prestige historique de Rampillon, l’église Saint-Éliphe a bien survécu aux conflits qui ont touché la région : guerre de Cent ans, guerres de Religion, Fronde, Révolution française…
Les origines de Rampillon sont mal connues, mais le lieu semble occupé depuis au moins l’époque gallo-romaine. Sa position naturellement stratégique sur une éminence a dû favoriser son essor.
Le village nait certainement au XIe siècle des défrichements entrepris par les moines de saint Martin de Tours. À l’époque de la construction de l’église Saint-Éliphe, Rampillon est une importante seigneurie à la frontière entre le comté de Champagne et la Brie française, détenue par une commanderie hospitalière qui connait un âge d’or entre le XIIIe et le XIVe siècle. C’est une époque faste pour Rampillon qui accueille le Clergé, les rois et les familiers de la cour. L’époque de la Guerre de Cent ans marque le déclin de la commanderie dont il ne reste quasiment rien : la tour ronde surnommée « tour aux Miches » peut être un vestige de l’enclos fortifié. Quelques pierres tombales portent la croix hospitalière aux huit pointes ou la croix fleuronnée des chevaliers hospitaliers et templiers.
Les fermes qui jalonnent Rampillon nous rappellent la richesse de son histoire agricole, seigneuriale et monastique : ferme de la Charité, la Bouloye, les Vaux…
Actions culturelles et sauvegarde du patrimoine
Monument historique depuis 1846, l’église Saint-Éliphe est bien conservée. Créée en 1967 par Marcel Giboux, alors maire de Rampillon, l’association des amis de l’église Saint-Éliphe de Rampillon veille à sa sauvegarde et à sa mise en valeur aux côtés de la commune. Les bénévoles y organisent toute l’année accueils, visites, expositions et concerts.
Depuis quelques années, la Communauté de Communes de la Brie Nangissienne investit pour sa valorisation auprès du public et en fait un élément-fort de l’action culturelle et touristique du territoire.