Le village de Châteaubleau est un important site de fouilles archéologique. Les vestiges les plus remarquables sont ceux datant de l’époque gallo-romaine, au temps de l’antique « Riobe ».
Les textes s’appuient sur les recherches de l’association La Riobé, notamment l’ouvrage de son président Fabien Pilon : L’atelier monétaire de Châteaubleau, Gallia 63e supplément, CNRS édition, 2016.
Une occupation dès la Préhistoire
Quelques éclats de débitage, outils, bifaces et haches polies traduisent une occupation du site dès le Paléolithique et surtout au Néolithique. Des témoins protohistoriques ont aussi été découverts, soit sur une période longue de 10 millénaires avant notre ère. Ces trouvailles nous provenant souvent sans contexte, il est toutefois difficile de les étudier et de les dater précisément.
Châteaubleau au temps des Gallo-Romains
Entre ville et campagne, Châteaubleau est une agglomération gallo-romaine dite « secondaire » du Ier au IVe siècle, à la frontière des territoires gaulois des Sénons, des Meldes et des Parisii. Sous l’Empire romain, elle est située sur la Via Agrippa qui relie Lyon à Boulogne-sur-Mer, en passant par les cités voisines que sont Sens, Meaux et Senlis.
Châteaubleau est identifiée depuis longtemps à l’antique « Riobe », figurant sur la Table de Peutinger, ce qui a été appuyé par la découverte d’une inscription désignant le lieu « Ebriureco ». À ce sujet, le site de Châteaubleau est exceptionnel pour ses tuiles inscrites en langue gauloise dont une complète.
Châteaubleau est un véritable lieu de pèlerinage pour les Gallo-Romains dans lequel les bâtiments du culte tiennent une place prédominante : théâtre, ensemble cultuel, sanctuaires et temples appelés « fana » (fanum au singulier). Le site a livré une quantité importante d’objets liés au culte rendu aux divinités de l’Antiquité, et qui traduisent la rencontre entre les cultures gauloises et romaines.
Le fonctionnement de l’agglomération s’appuie sur un habitat varié, soit de simples maisons, soit des domus, grandes demeures composées de plusieurs pièces. Certaines sont disposées autour d’un patio, d’autres ont le luxe d’un système de chauffage par le sol ! Les artisanats retrouvés sur le site sont nombreux : fabrication de céramiques et de tuiles, tabletterie, tanneries, et surtout fabrication de fausse monnaie. Les habitants de l’antique Châteaubleau sont en effet connus pour leur intense activité de faussaires de l’Empire romain !
Le panthéon de Châteaubleau
- Épona, emblématique divinité gauloise, déesse protectrice des chevaux et des voyageurs,
- Mercure Solitumaros, homologue indigène du dieu romain dont les grands yeux suggèrent qu’il était célébré pour ses capacités thérapeutiques
- Vénus, déesse de la beauté et de la fécondité, qui est célébrée à travers des statuettes de Vénus dites anadyomènes (sortant de l’eau) découvertes en grand nombre, et à laquelle le sanctuaire de source semble dédié,
- Sucellus, dieu artisan du bois et des tonneliers
- Jupiter, dieu du ciel, du soleil et des astres, qui fait la pluie et le beau temps
- Rosmerta, déesse de l’abondance et de la fertilité
- Vulcain, dieu des artisans et des forgerons
- Déesse-Mère, protectrice des enfants, de la maternité et de l’abondance
Le théâtre antique
Vous trouverez à Châteaubleau le seul théâtre antique d’Île-de-France qui soit entièrement découvert et visitable. Les vestiges en élévation sont datés entre le IIe et le IIIe siècle, sous lesquels repose un théâtre encore plus ancien. Il pouvait accueillir autour de 3 000 spectateurs ! Comme indiqué plus haut, le théâtre fait partie d’un ensemble d’édifices dédiés à la célébration des cultes.
Très peu de décors sculptés du théâtre nous sont parvenus, peut-être en raison de leur récupération rapide au moment du démantèlement de l’édifice, qui débute dès le IVe siècle. C’est ce dont témoigne un four à chaux trouvé à l’emplacement d’un escalier. La pierre calcaire de l’édifice est récupérée puis chauffée à très haute température pour créer de la chaux. Un second four du XVe siècle montre que le théâtre demeure un site de chaufournage à la fin du Moyen Âge. D’après un témoignage de l’instituteur Victor Burin, qui a découvert le théâtre vers 1849 (voir plus bas), certains murs s’élevaient encore à 4 mètres de haut à la fin du XVIIIe siècle. C’est dire que 1 500 ans après sa construction, les pierres du théâtre continuent d’être récupérées par les habitants.
Quel est le lexique d’un théâtre romain ? Le spectateur pénètre dans l’édifice via un des 4 vomitoires, c’est-à-dire une allée (vous compterez 5 allées, mais une d’entre elle est fermée à l’extérieur…). Il emprunte un escalier pour accéder à la partie de la cavea, c’est-à-dire les gradins, en fonction de son rang plus ou moins élevé dans la société. La proédriecorrespond à notre actuel « carré d’or ». Il regarde vers la scène qui s’appuie contre le mur de scène.Le parterre qui sépare la scène et des gradins se nomme l’orchestra, où se produit une partie du spectacle ou de la célébration religieuse (d’où le mot « orchestre »).
Le sanctuaire de source
Les Gallo-Romains pratiquaient dans ce sanctuaire dédié à Vénus le culte des eaux, répandu dans le monde romain.
L’eau sacrée des bassins est supposée avoir des vertus de fertilité et de guérison des yeux, comme en témoignent les nombreuses offrandes faites par les Gallo-Romains : pas moins de 200 fragments de statuettes de Vénus anadyomènes et de déesses-mères allaitant des nourrissons, et des ex-voto en forme d’yeux.
Une tuile inscrite en langue gauloise découverte sur place en 1969 mentionne en effet le “fanum” ou “temple de Vénus ».
Le plus ancien état de construction connu du monument remonte à la fin du Ier siècle. Plusieurs états se succèdent jusqu’au IIIe siècle. Les céramiques et monnaies découvertes montrent une occupation importante jusqu’au milieu du IVe siècle. À partir de cette époque, le sanctuaire perd sa fonction cultuelle. Le monument est réaménagé à des fins civiles (foyers, fours), ses éléments architecturaux sont détruits et récupérés.
L’architecture du monument, les bassins centraux et les nombreux objets d’offrande militent en faveur d’un sanctuaire « de source ». Son architecture est originale et sans équivalent connu. D’un plan presque carré de 35 sur 32 mètres, l’édifice se composait d’une cour à ciel ouvert, entourée d’une galerie formant un « U ». Le monument était décoré d’une série de colonnes et de chapiteaux richement sculptés, avec des motifs végétaux, animaux et anthropomorphes dont il reste de nombreux éléments, à la différence du théâtre. Situé en lisière nord de l’agglomération gallo-romaine, le sanctuaire était relié à l’ensemble culturel central par une galerie de procession longue de 540 mètres et large de 6 mètres, couverte d’une toiture de tuiles.
Un site archéologique depuis plus de 170 ans !
Longue est la liste des archéologues et chercheurs qui ont fouillé et étudié Châteaubleau depuis sa découverte en 1849 par Victor Burin, instituteur du village voisin de Saint-Just-en-Brie. À partir de la création en 1953 de l’association historique et archéologique La Riobé par Jacques-Paul Burin, petit-fils de l’inventeur, et des premières campagnes des années 1960, les fouilles sont quasi-continues jusqu’aujourd’hui. L’archéologie s’accompagne d’un travail de synthèse et de publication des données, sans oublier la conservation, l’inventaire et l’étude des collections qui s’enrichissent chaque année.
L’association La Riobé s’investit aussi dans la promotion, la médiation et la valorisation du site, et encadre chaque année l’accueil de plusieurs milliers de jeunes et grands visiteurs qui viennent découvrir le patrimoine et les sciences de l’archéologie.
Projets culturels et sauvegarde du patrimoine
Les vestiges sont protégés Monuments historiques depuis 1969. Le sanctuaire de source fait l’objet d’une procédure de classement depuis 2025, au titre même que le théâtre. D’autres secteurs sont protégés, et la commune de Châteaubleau est globalement placée sous la surveillance du Service régional de l’archéologie de l’État, étant donné la richesse de son sol.
La Communauté de Communes de la Brie Nangissienne s’investit pour la sauvegarde et la valorisation du site. Le programme de travaux concernant le théâtre et le sanctuaire de source a été sélectionné en 2023 parmi les projets emblématiques de la « Mission Patrimoine » portée par Stéphane Bern, le ministère de la Culture, la Fondation du Patrimoine et la Française des Jeux. En 2025, les travaux de sauvegarde du théâtre ont commencé, accompagnés de la construction d’une aire pédagogique près du sanctuaire de source pour améliorer l’attractivité du site et l’expérience de visite.